Quand j'étais petite fille, j'ai reconnu les mots "Vaclav Havel" dans un discours suivi d'applaudissements, j'ai entendu des tchèques se réjouir dans les rues de Prague et j'avais
l'impression d'y être et de participer à quelque chose de grand (j'étais une petite fille étrange).
Pas longtemps après ça, j'ai décidé que le Valmont de Milos Forman était le seul et l'unique, et depuis je suis amoureuse en secret de Colin Firth et je déteste John Malkovitch. Et Mozart a un rire absurde et portait des perruques punks.
Quelques années encore et je me mettais à écrire des nouvelles terriblement originales dans des cahiers de brouillon où en règle générale une jeune fille se réveillait un matin, entravée dans ses draps sans aucune possibilité de bouger ou de faire quoi que ce soit car devenue mystérieusement une blatte au court de la nuit.
Plus tard, à l'occasion d'un scandale pas joli-joli, j'ai été rapidement convaincue que quelqu'un d'aussi sombre et torturé que Milan Kundera a bien dénoncé son pote à la police communiste dans les années 50 (à sa décharge, je lui concède une histoire de femme derrière tout ça, sans doute une serveuse rousse).
Enfin, il y a deux ans, j'ai passé les fêtes à zlatà Praha, j'ai mangé dix fois du goulasch, mon mari a porté une kippa en papier, mon fils était plus grand que certaines portes de la Zlata ulicka et ma fille a vu son premier feu d'artifice depuis le Belvedere.
En général, quand les grands de ce monde décèdent comme de bien entendu, j'en ai rien à secouer mais aujourd'hui, ça me fait quelque chose, car c'est avec Vaclav Havel que mon voyage a commencé.